CSST - jeu de puissance

La cliente exécute un travail à la chaîne où elle doit confectionner des présentoirs avec rapidité; un jour, elle doit arrêter à cause d’une trop grande douleur au pouce. Elle soupçonne le travail d’avoir causé cette maladie professionnelle. La CSST accepte la lésion dans un premier temps sous le diagnostic de tendinite du pouce gauche comme accident de travail mais la refuse, dans un second temps, en révision : pas d’événement imprévu et soudain. La cliente conteste à la Commission des lésions professionnelles.

La cliente est alors représentée par une avocate qui n’est pas spécialisée dans le domaine. L’avocate décide sagement de diriger sa cliente vers un spécialiste et c’est ainsi que le dossier aboutit sur mon bureau. Je comparais alors pour la travailleuse à la Commission des lésions professionnelles.

Il s’agit de montrer qu’il y a un lien direct entre le diagnostic et les gestes répétitifs posés par la travailleuse à son emploi. Les muscles sollicités résident dans le pouce et la travailleuse accomplit les gestes requis par son travail à une cadence très rapide. Avec l’aide de ses enfants et de son avocat, elle confectionne un rapport où elle réussit à quantifier précisément en durée et en fréquence chacun des gestes posés dans l’exécution de ses fonctions.

Il faut savoir que, même si la travailleuse exécutait ses tâches dans une usine, son employeur était une agence de placements. En théorie, son employeur pouvait lui demander de travailler ailleurs : en pratique cependant, elle travaillait toujours au même endroit.

C’est ainsi que l’employeur se rend constater la situation sur les lieux et se rend compte personnellement que le rythme de travail est effréné. Remarquez que ce n’est qu’après que l’affaire se soit réglée que j’apprends ce fait.

Afin de minimiser son coût d’imputation, l’employeur offre alors une conciliation à la travailleuse le jour même de l’audition qui est suspendue en attendant l’issue des négociations entreprises. Même s’il est vraisemblable et sans doute bien fondé d’invoquer la maladie professionnelle, l’employeur offre de consentir à l’admissibilité de la lésion professionnelle si celle-ci est admise à titre d’accident de travail. Cela n’enlève rien à la travailleuse mais permet à l’employeur de s’en tirer à meilleur coût. Il n’y a ainsi rien à gagner en tenant une audition. L’entente est conclue et entérinée par la Commission des lésions professionnelles. Le diagnostic de la lésion professionnelle sera modifié pour devenir tendinite du pouce gauche greffée sur une condition personnelle de rhizarthrose ou arthrose du pouce.

L’important n’est pas d’avoir raison mais de gagner!